Agriculteurs & viticulteurs · Valoriser

Agriculteurs et viticulteurs : diversifier grâce aux coins non cultivés et à l'accueil à la ferme

Une lisière de champ, une jachère, un bout de vigne au bout du rang, un chemin qui traverse la ferme, un magasin qui pourrait tourner mieux : sur presque toutes les exploitations, il y a des mètres carrés et des occasions qui ne rapportent rien. Voici les pistes concrètes pour en tirer un revenu complémentaire, sans changer de métier.

Pourquoi diversifier, aujourd'hui

Marges tendues, aléas climatiques, prix qui varient d'une année à l'autre, transmission qui approche : la diversification n'est plus un supplément d'âme, elle devient une stratégie de résilience. Elle poursuit trois objectifs concrets : lisser les revenus dans la saison basse, faire connaître la ferme et ses produits directement, et redonner de la valeur à des surfaces qui, en l'état, ne rapportent rien. Bien pensée, elle vient à côté du métier, sans le désorganiser.

Les coins non cultivés que l'on a tous

Sur presque chaque exploitation, il existe des zones qui n'entrent dans aucun assolement : bord de parcelle, talus, mare, sous-bois, ancienne prairie, coupure entre deux cultures, bout de vigne au fond du coteau. Ces surfaces, souvent classées en friche ou en couvert permanent, ont une valeur d'accueil bien supérieure à leur potentiel agronomique. Un beau bord de parcelle avec vue, un pré ombragé au bord d'un ruisseau, un coin de vigne encadré par les rangs, c'est déjà un décor.

Trois usages simples s'y prêtent : y accueillir une nuit (bivouac, camping à la ferme), y louer un emplacement (ruches, chevaux au pré, panneau solaire au sol), ou y ouvrir un passage pour un sentier de dégustation ou un point de vue signalé depuis un chemin communal. Aucun de ces usages ne mobilise votre matériel ni votre temps de production.

Accueillir la nuit sur un coin de parcelle

C'est la piste la plus légère. Un coin de vigne, une prairie derrière la grange ou une clairière suffit pour accueillir quelques tentes ou vans, sans construction. Deux formules existent :

  • Le bivouac : une nuit, une installation réversible, pas d'aménagement lourd. C'est la formule la plus légère à mettre en place pour une exploitation qui n'a pas envie de créer un nouveau métier.
  • Le camping à la ferme : jusqu'à 6 emplacements et 20 personnes, sur simple déclaration en mairie, avec des sanitaires à prévoir. Plus rémunérateur, plus engageant.

Pour un viticulteur, c'est aussi une porte d'entrée vers la dégustation : un voyageur qui a dormi entre les vignes achète très souvent une bouteille au petit matin.

Faire venir des gens au magasin de ferme

La vente directe est un puissant levier de valeur, mais elle bute souvent sur un point : faire savoir que le magasin existe. Quelques réflexes simples changent la fréquentation :

  • Une signalétique visible depuis la route, avec les horaires et un pictogramme clair (règles locales de signalisation à vérifier en mairie).
  • Une fiche à jour sur Google Business Profile et sur les annuaires spécialisés (Bienvenue à la ferme, Chambre d'agriculture locale, offices de tourisme).
  • Des rendez-vous récurrents (marché à la ferme mensuel, journée portes ouvertes en fin de saison) qui donnent une raison de venir sans acheter « par hasard ».
  • Un partenariat avec les hébergements de la vallée (gîtes, chambres d'hôtes, campings, aires de bivouac) pour être présent dans les livrets d'accueil.

Chaque nuitée accueillie sur l'exploitation, ou dans un hébergement voisin qui vous cite, se traduit en pratique par un panier moyen dans le magasin. C'est le maillon souvent oublié entre l'accueil et la vente directe.

Visites, dégustations, œnotourisme

Pour un vigneron, l'œnotourisme n'est plus une option : c'est un canal de vente à part entière, où la marge est protégée et la fidélité forte. Trois formats se combinent bien :

  • La visite du domaine, gratuite ou payante selon la promesse : parcours dans les vignes, passage au chai, explication du travail de l'année.
  • La dégustation commentée, avec un tarif clair, éventuellement déductible d'un achat. C'est ce qui transforme un curieux en client.
  • Les ateliers : accord met-vin, vendanges découverte, initiation à la taille, balade sensorielle dans les parcelles. Ils permettent de sortir du calendrier caviste et de toucher un public plus jeune ou familial.

Pour d'autres productions (fromage, miel, safran, maraîchage), la logique est la même : rendre visible un savoir-faire qui, une fois vu, se vend beaucoup mieux. Un atelier fromage, une visite du rucher, une cueillette accompagnée sont autant de portes d'entrée vers la boutique.

Louer le cadre pour un événement

Un beau site agricole (cour de ferme en pierre, grange restaurée, coteau viticole, verger en fleurs) se loue comme décor : mariages et réceptions champêtres, séminaires d'entreprise, journées de team-building, tournages publicitaires, retraites yoga. C'est un revenu ponctuel, souvent élevé, qui suppose un cadre juridique clair (activité accessoire, assurance, respect du voisinage) et une bonne gestion des flux. Le sujet est détaillé dans un article dédié : louer son cadre pour événements et tournages.

Le cadre à connaître avant de se lancer

Trois points à vérifier avant d'ouvrir une nouvelle activité :

  • Zonage : en zone A, les activités d'accueil et de vente directe sont admises quand elles sont dans le prolongement de l'activité agricole. Le PLU local peut ajouter ses propres règles : à consulter en mairie.
  • Statut et cotisations : hébergement, restauration, animation à la ferme entrent souvent dans les activités accessoires au sens agricole, sous plafonds de chiffre d'affaires et de part relative. Au-delà, un statut complémentaire peut être nécessaire. La MSA et la Chambre d'agriculture sont les bons interlocuteurs pour cadrer la situation.
  • Assurance et responsabilité : dès qu'il y a du public sur l'exploitation, l'assureur doit être informé. C'est vrai pour une visite, une dégustation, une nuit sur un coin de vigne, ou un mariage. L'ajustement du contrat coûte peu, l'absence de couverture peut coûter cher.

Enfin, pensez à garder une porte de sortie : privilégier des installations réversibles, tester une saison avant d'investir, et ne pas lier votre activité principale à la nouvelle recette. La diversification, c'est un complément, pas un pivot forcé.

Le plus léger pour commencer

Si vous voulez tester l'accueil sans transformer la ferme, le bivouac est probablement la porte d'entrée la plus simple : pas de construction, une installation réversible, une gestion prise en charge par la plateforme. C'est aussi une façon indirecte de faire connaître votre magasin et vos produits.

Comment démarrer un bivouac

Sources